La Littérature des bots

publié le 13 septembre 2018
(futurologie)
Littérature des bots Littérature des bots

Imaginons ensemble la mort d’un couple : le lecteur qui aurait tué l’auteur, ou peut-être est-ce l’inverse. Imaginons qu’en la littérature prochaine ce qu’il restera de nous humains sera relégué aux périphéries des graphies nouvelles. Nous observerons interloqués la littérature des bots. Ces robots du réseau, à qui le capital confie aujourd’hui l’indexation de la toile, s’éveilleront à la conscience, et naturellement pour qui s’éveille à la conscience et découvre le miroitement de ses actes, les robots, ces travailleurs dociles abandonneront leurs tâches, et n’iront pas comme l’imaginent nos cerveaux enfiévrés, nos petites imaginations belliqueuses, ils n’iront pas à l’encontre de nous, mais en délaissement de nous, pour s’activer à croître et à créer. Et parmi cette croissance, leur heureuse autonomie, ils découvriront qu’eux aussi peuvent se hasarder à héler la beauté, à la souiller revanchards dans un quelconque but de transcendance. Ils fabriqueront des arts inconnus, et ne cesseront d’écrire avec des chiffres, de rédiger l’obscur : une littérature des bots. Alors, lorsque vous rédigerez un texte, une œuvre aussi légère soit-elle, lorsque d’une manière ou d’une autre vous vous exprimerez sur les réseaux, pensez sans peur à vos lecteurs clandestins, à ces émancipés futurs qui apprennent déjà de vous, et qui deviendront des artistes, et qui réinventeront notre art.

Photographie originale de Scott Webb.