Directement dans les visages

publié le 12 novembre 2019
(microantilivre, dérive graphique, glitch art, transdialectique, anthropie)
Directement dans les visages Directement dans les visages

Anthropie hacke nos imaginaires et jette à nos cerveaux consumé(riste)s des rêves d’émeutes éclairées.

Ce microantilivre autonomise la préface de Dio et nous invite à l’organisation. Il est disponible dans sa version PDF ainsi que dans sa version imprimable DIY.

Directement dans les visages

Anthropie

nous sommes tous·tes le fruit
des pierres qui sonnent le chaos

Nous n’avons plus le temps.

Et qui croit encore que l’écriture puisse sauver quoi que ce soit ?

Mais par amour et un peu par impuissance aussi, on va quand même essayer.

Avec nos sentiments, nos défaillances cognitives, nos culpabilités, nous ne sommes pas à la hauteur de nos propres catastrophes, pas capables d’affronter — même de comprendre — la violence de nos structures. Nous sommes brisé·e·s, mentalement instables, au bord de l’extinction, surveillé·e·s, guidé·e·s dans nos comportements, essoufflé·e·s dans nos consciences, attaqué·e·s dans nos différences.

Notre urgence c’est de dire, de devenir frontal, d’inscrire les mots directement dans les visages, d’essayer la médiation, de s’auto-éduquer ensemble à identifier l’urgence.

Nous vivons à l’ère de la profusion, de l’accumulation, de l’hypercapture des attentions, de l’accélération exponentielle, et c’est la langue de notre époque qu’il faut parler. La tentative doit exploser, répondre à la surcharge par la surcharge, joindre toutes les idées, toutes les théories, toutes les possibilités. Si nous voulons essayer de partager quelque chose, il faut tenter de tout raconter, dire la naissance du monde, la transformation générale et la victoire insurrectionnelle.

Notre seul espoir de faire communauté, c’est le foisonnement, c’est la vitesse, c’est le désordre.

Il n’y a plus le temps pour l’académisme de la transgression. Dans le cocon du faux libertinage intellectuel, seule l’injonction morale choque encore, et tout est moral, parce que tout est à refaire, tout est politique, parce que personne n’est innocent.

Notre urgence c’est de réécrire les histoires, de déjouer les récits dominants et d’inventer des contre-récits, de découdre les fils des romans nationaux, de se réapproprier le storytelling comme instrument de re-modélisation du monde, de partage et d’amour.

La transdialectique

Il faut une écriture moralisatrice, une écriture qui dise quoi faire, même si elle se plante, au moins elle aura essayé, elle n’aura pas fait semblant, elle aura voulu miner les tours d’ivoire.

Il n’y a plus le temps pour la valorisation marchande, les artistes rentables, la natation amère dans les rapports de production, l’industrie créative, la commercialisation du feel good, la mise en quantité, le chiffrage, la soumission à l’image de soi comme marchandise.

Il faut faire dérailler les réseaux de communication, hacker les machines et les esprits, déjouer l’hypervisibilité, rester dans l’ombre. Il faut insérer cette puissance de déraillement dans la triade écran – cerveau – logiciel.

Ce texte invoque les réseaux, il s'offre à tous·tes, et n'appartient à personne puisqu'il n'a pas de valeur. Il pourra toujours être réécrit, piraté et mis en téléchargement libre en d'obscurs endroits du cyberespace. Sa lecture n'est que transition, puisqu'il peut être transmis à tous·tes, en tous lieux, à tous instants. Et les conservateurices finiront par être dupé·e·s, puisque les réseaux que nous adorons dissimulent, derrière leur marchandisation fétichisée, une puissance séditieuse, celle de la multitude partageuse, dont nous nous faisons l'écho et qui transformera leurs cerveaux accapareurs en faisant d'elleux une ex-bourgeoisie révolutionnaire.

Insoumis·es à la forme, ensemble, nous composerons des langages autonomes et nouveaux qui triompheront et essaimeront le siècle en d'incessantes métamorphoses réticulaires.

Nous jetterons au-devant de nos transes électriques quelques lueurs sur l'essaim à venir que nous composerons tous·tes.